MENU CLOSE

LANIAKEA Biennale

LANIAKEA Biennale

Projet de Bogdan Pavlovic

Le titre du projet, Laniakea, est emprunté au vocabulaire scientifique. Il désigne un superamas de galaxies qui englobe, entre autres, le Superamas de la Vierge dont fait partie la Voie lactée. En hawaïen, le terme signifie « paradis incommensurable » ou « horizon céleste immense ». Il évoque l’existence  d’une multitude d’univers au sein d’une même entité.

Laniakea est un projet d’expositions conçu comme une biennale. Il a pour but de présenter et de promouvoir la richesse et la diversité des pratiques et des univers contemporains à travers différents mediums. Chaque édition sera ainsi consacrée à un medium plastique distinct : dessin, photographie, peinture, installation, vidéo, image imprimée, etc.

 

LANIAKEA #1 /drawing session/

Du 26 février au 7 mars 2021

Fondation La Ruche-Seydoux / Espace Atelier Alfred Boucher

 

Commissariat :
Anne Malherbe et Bogdan Pavlovic

Artistes:

Yann BAGOT / Julien BENEYTON /
Jean-Philippe BRUNAUD / Sylvain CIAVALDINI /
Ayako DAVID-KAWAUCHI / Marielle DEGIOANNI /
Sylvie DENET / Jessy DESHAIS /
Cornelia EICHHORN / Sandrine ELBERG /
Iris GALLAROTTI  / Anne-Laure H-Blanc/
Vladimir LALIC / Alexandre LEGER /
Christine MAIGNE / Elise MANSOT / Nelly MAUREL /
Mihael MILUNOVIC / Jérôme MINARD /
Filip MIRAZOVIC /Olivier MOREL /
Hélène MUHEIM / Bogdan PAVLOVIC /
Misko PAVLOVIC / Jean-Baptiste PERROT /
Pascal PILLARD / Raphaël RENAUD /
Sylvie SAUVAGEON / Christine SMILOVICI /
Milos TRIFUNOVIC / Marko VELK /
Davor VRANKIC / Brankica ZILOVIC CHAUVAIN

 

 

Texte : Anne Malherbe 

« Laniakea » désigne un superamas de galaxies qui englobe notamment le superamas de la Vierge auquel appartient la Voie Lactée. C’est aussi un terme hawaïen qui signifie « horizon céleste immense ». La pratique du dessin forme aujourd’hui cet horizon immense où se côtoient des choix esthétiques et des techniques variés. Si parler de courants ou d’écoles est désormais hors de propos, tant les sensibilités qui s’expriment sont individuelles, on peut tracer quelques tendances. Ces galaxies en expansion que sont les artistes rassemblés ici se rencontrent ou s’éloignent, formant des territoires que nous pouvons tenter de délimiter.
Peut-être parce que le geste de dessiner le végétal est naturel au geste de la main, nombre d’artistes puisent dans cet univers les ressources pour leur propre création. Ainsi Iris Gallarotti, qui dessine comme l’araignée tisse sa toile dans le geste arachnéen de couvrir la feuille d’un réseau subtil ou Pascal Pillard, que le dessin de la nature accompagne à chaque déplacement, brodant la feuille de circonvolutions végétales.

Anne-Laure H-Blanc enregistre les tremblements de la nature, ses phénomènes infimes et éphémères, quand Yann Bagot recrée dans le dessin le rythme même et l’action de la mer. Christine Maigne fait de l’espace de création un milieu propice à l’émergence naturelle (de la nature comme du dessin).
Mais la main, quand elle se laisse aller à l’organique, s’intéresse aussi au corps, à ses sinuosités, ses replis et ses flux. Ainsi Christine Smilovici qui plonge dans les entrailles féminines, leurs beautés et leurs blessures. Cornelia Eichhorn, par le dessin ou le découpage, fait s’épanouir des bouquets d’organes, des entrelacs de morceaux de corps. C’est le flux sanguin qui donne naissance et irrigue les dessins de Vladimir Lalic, tandis que Jean-Philippe Brunaud prolonge le corps humain de prothèses aux formes abstraites qui ouvrent le dessin à de nouvelles dimensions.

Plongées : au dessin s’associe l’idée de saturation de l’espace, comme chez Olivier Morel qui aime à se perdre dans la nature et entend retranscrire sur la feuille cet abandon au cœur du monde naturel. Misko Pavlovic, qui pratique le dessin numérique, crée un univers où les croissances végétales engloutissent le milieu urbain.

Le dessin capte les sentiments et les désirs des êtres qu’Ayako David-Kawauchi saisit dans leur nudité émotionnelle. Les dessins de Marielle Degioanni sont aussi affaire de désir que cernent des formes graciles, des figures évanescentes, des lignes nées d’infimes piqûres.

Mais souvent le dessin retrouve sa fonction originelle, celle de s’approprier les choses et les êtres qui nous sont proches et de les faire vivre autrement. Julien Beneyton, en peinture comme en dessin, s’intéresse inlassablement à des d’objets familiers ou à l’univers de personnes rencontrées, qu’il recrée avec une attention et une minutie presque amoureuses. Sylvie Sauvageon dessine comme on collectionne : les couvertures de livres, les images insolites, les papiers d’emballage, qu’elle range avec la rigueur d’une archiviste.

Traditionnellement, le dessin s’associe à l’intellect et au langage. Ce que Nelly Maurel met en œuvre par des rapprochements inattendus de mots et d’images qui bousculent les frontières entre les concepts. Alexandre Léger, quant à lui, par le biais de collages ou de masquages, fait de l’espace du dessin un champ magnétique qui autorise les rencontres fulgurantes. Mais le dessin lui-même peut se laisser surprendre par ce qu’il engendre : ainsi les films d’animation de Sylvie Denet sont créés à partir de la question « que va-t-il se passer après ? »

Mais le dessin est aussi un travail incarné : la surface se caresse, les couleurs et les poudres se superposent ou s’effacent jusqu’au déploiement de l’image, comme dans l’œuvre d’Hélène Muheim. Ce peut être aussi le découpage qui fait ressentir la tridimensionnalité du support, comme chez Jessy Deshais qui creuse dans l’image pour en extraire la bile noire de la vie.

Le dessin ouvre des espaces inexplorés : ce sont les mondes en mutation de Jérôme Minard, entre disparition et effervescence ; les compositions hybrides de Sylvain Ciavaldini, associant une figuration minutieuse à des formes abstraites qui ouvrent un espace dans l’espace. Raphaël Renaud crée des univers végétaux où l’hyperréalisme est au service de l’onirisme, tandis que Davor Vrankic déforme les perspectives ou utilise des effets de loupe pour créer des espaces surréalistes et hallucinés. Milos Trifunovic déploie des images hagardes de l’homme et de l’univers industriel. Filip Mirazovic, lui, touche à la grande histoire mise à l’épreuve de l’imaginaire et du dessin.

Élargir le dessin aux dimensions du monde et de l’espace : Bogdan Pavlovic nous entraîne dans l’imaginaire des atlas et des cartes du ciel qu’il distord à volonté. L’exploration de l’espace et son expérimentation à travers différentes techniques (en particulier photographiques) se situent au cœur du travail de Sandrine Elberg. Brankica Zilovic dessine à l’aide de fils : dans une volonté réparatrice, elle recoud entre eux les territoires, retisse la carte du monde.

Enfin, le dessin remet en question le statut de l’image. Quelle est sa liberté dans un monde qui en est saturé ? Elise Mansot compose des paysages hybrides dans l’idée de construire un folklore personnel. Tandis que Jean-Baptiste Perrot reproduit au crayon des images trouvées sur Internet, jusqu’à leurs erreurs les plus infimes. Mihael Milunovic brasse des images prises sur Internet aussi, pour les insérer dans une narration nouvelle. Et Marko Velk va chercher des motifs issus de la nuit des temps, qui resurgissent, reprennent forme et s’hybrident sous nos yeux, sur un fond noir qui en accentue le caractère aussi nécessaire que saisissant.

D’un artiste à l’autre, des constellations se dessinent ainsi, qui ne sont évidemment pas immuables mais nous permettent de lire un peu mieux le « ciel immense » de la création.